“Radio Hype Cycle” : les technologies et usages autour de la radio en 2018

Classement des tendances autour de la radio en empruntant la méthodologie de l’institut Gartner

“Hype Cycle” : “Courbe décrivant l’évolution de l’intérêt pour une nouvelle technologie” (Wikipédia)

L’institut américain Gartner dévoile chaque année des graphes nommés “Hype Cycle”, plaçant des technologies et/ou des usages sur une courbe du hype.

Ces études permettent de surveiller, année après année, les avancées en termes de Réalité Augmentée ou d’Intelligence Artificielle par exemple. Le “Hype Cycle” sur les technologies émergentes, publié en août 2018 par Gartner, se trouve ici.

Et si on essayait d’analyser l’état du secteur radiophonique de cette façon ?

Cette analyse n’a aucun lien avec Gartner. Par ailleurs, pour simplifier, je n’applique pas à la lettre les méthodes de l’institut.

La radio, aujourd’hui (“plateau de productivité”)

Il est important de remettre dans le contexte ce qui est au stade d’adoption généralisée — ce que Gartner appelle le “plateau de productivité” — : la consommation linéaire.
Que ce soit par transmission hertzienne (technologie FM principalement) ou bien en IP (“webradios”),
actuellement la radio c’est un flux continu de programmes audios. Tout le monde écoute la même chose, au même instant. C’est l’usage historique et principal, et toujours le plus viable sur le marché.

Pour ceux qui se disent : l’écoute en linéaire est-elle en déclin ? Est-ce pertinent de persister sur ces mécaniques de pensée, comme on peut le voir avec le développement du DAB+ ?
Chacun son avis, c’est à vous de juger (votre avis m’intéresse !).

Pour l’instant, la radio, c’est la vision d’un émetteur qu’on nourrit continuellement.
Mais quelles sont les autres alternatives, les futurs possibles ?
Comment atteindre différemment une audience avec de l’audio ?
(Et du coup, pouvons-nous continuer d’appeler ça “de la radio” ? Chacun a sa définition de la radio, chacun est libre d’interpréter ce terme comme il le souhaite ! Pour moi, écouter la radio, c’est consommer du contenu audio éditorialisé, qu’il soit musical et/ou parlé.)

Ce qui devrait se développer solidement prochainement (“pente de l’illumination”)

La partie appelée “pente de l’illumination” regroupe les technologies et usages qui commencent à trouver un marché. C’est ce qui, après plusieurs tentatives et plusieurs pilotes, semble bientôt prêt à atteindre le “plateau de productivité”, la maturité nécessaire pour des exploitations commerciales.

Sans surprise, j’y vois en radio tout ce qui touche à l’écoute délinéarisée simple : la “catch-up radio” et les “podcasts natifs” comme certains appellent… bref les podcasts en général.
Les podcasts commencent à générer des revenus, le marché est prometteur mais encore timide. Pour l’instant nous sommes loin de l’adoption générale, mais c’est en bonne voie.
On peut faire le pari que les radios vont toutes adopter petit à petit une vraie stratégie de délinéarisation des contenus, et qu’il va y avoir de plus en plus de studios de production de podcasts.

J’y vois également dans cette partie tout ce qui est du domaine de la stratégie de média global : le contenu produit est diffusé pour une consommation en audio, mais est aussi en vidéo, il est même associé à un article (texte) de blog et fortement présent sur les réseaux sociaux.
Les deux exemples les plus parlants en France sont franceinfo: et RMC. Mais il faut attendre encore un peu pour constater des généralités sur les aspects multi-canaux.

Ce qui a montré ses limites récemment (“traversée de la désillusion”)

La partie nommée “traversée de la désillusion” par Gartner comprend les applications un peu trop récentes, qui ont présenté leurs limites, qui ont déçu.

Je vois très bien dans cette partie tout ce qui touche à la recommandation de contenus, aux playlists boostées par l’IA : Deezer Flow par exemple, proposant une playlist auto-générée par utilisateur.
En effet, on se rend compte que c’est difficile de personnaliser le contenu au maximum. Pour la recommandation, l’éditorial humain est toujours plus efficace.
On peut faire le pari que les algorithmes d’auto apprentissage (Machine Learning) vont s’améliorer et fournir de parfaites smart radios, des radios personnalisées mélangeant du contenu parlé et de la musique.
Il faut encore un peu de patience pour que cela soit pleinement satisfaisant ; au moins deux ans.

Ce qui est à son “emballement maximal”

Il est question ici des technologies où il y a des attentes démesurées, où l’emballement médiatique est fou… alors qu’il n’y a pas (ou peu) de réelles applications, et encore moins de marché viable.

En 2018, c’est sans hésiter tout ce qui est du domaine du web vocal : assistants vocaux présents dans les smartphones, TV et enceintes connectées. Beaucoup d’agitations alors qu’actuellement il n’y a pas encore de réelles révolutions.

Cependant, je crois beaucoup au potentiel des assistants vocaux. Mais il reste tout à faire. Les applications vocales actuelles, en ce qui concernent les radios, permettent seulement d’accéder au direct et à un ensemble de podcasts. L’interaction est encore très faible, on reste sur de l’auditoire passif, qui doit savoir ce qu’il veut.

Il y a plein de pistes encore à explorer, notamment sur la partie “contenu à la demande” et “intégration contextuelle”. Il y a tout intérêt à faire en sorte que les flashs locaux ou les infos trafic se lancent par simple invocation (via une simple commande vocale), ou selon un contexte d’écoute précis.

Une fois implémentés dans les voitures connectées notamment, les assistants vocaux et les radios risquent d’être de formidables alliés. Mais il va y avoir une prise de conscience — si ce n’est pas en cours d’ailleurs — sur les limites des assistants vocaux. Les applications conversationnelles vont montrer leurs limites et c’est à ce moment là qu’il faudra persister et continuer d’innover … en tout cas pour ceux qui y voient un potentiel pour ces cinq prochaines années.

Ce qui n’est que théorie (“lancement de la technologie”)

La partie “lancement, déclenchement de l’innovation” est la partie la plus à gauche sur le graphe. On y trouve des technologies à peine naissantes, où seulement quelques prototypes ont été développés.
C’est l’occasion de parler d’applications décentralisées autour de l’audio avec la blockchain.

On entend beaucoup parler de la blockchain, technologie utilisée par le Bitcoin, permettant de décentraliser des transactions financières et donc ne plus avoir besoin d’intermédiaires (et ainsi se passer de banques, pour résumer grossièrement).

Cette technologie de registres décentralisés présentera sûrement beaucoup plus d’intérêts pour des secteurs autres que celui de la finance, notamment pour le divertissement et les médias.

On peut citer quelques initiatives comme :

  • RadioYo, qui propose des services de podcasting et de broadcasting sur la blockchain
  • MusicCoin, qui veut utiliser la blockchain pour la rémunération des artistes de musiques et des auteurs de contenus audios en général

Ce sont deux initiatives parmi tant d’autres. Il y des projets qui vont, je pense, vraiment révolutionner notre univers numérique. Mais il y a aussi énormément d’arnaques et peu de choses concrètes.

En résumé, il y aurait à priori beaucoup de potentiels autour des applications décentralisées et de la blockchain pour la radio, mais on ne verra probablement rien concrètement d’ici dix ans !

Cet édito en audio : podcast “Des Ondes Vocast“

Cet article a été rédigé en complément de l’épisode pilote du podcast
“Des Ondes Vocast” :

Lien web de l’épisode : https://www.vocast.fr/desondes/s0e0.html

Des archives qui ont marqué la bande FM aux discussions autour des futurs possibles du média, “Des Ondes Vocast” est dédié aux passionnés de radio.

Vocast Project : Podcast / Radio - https://www.vocast.fr

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