Qu’est-ce que “Web Monetization” ? Et en quoi est-ce prometteur pour les médias ?

Un média peut se financer de plusieurs façons sur Internet. J’avais d’ailleurs listé 5 modèles de monétisation pour les podcasts.
Cependant, quel que soit le système adopté, l’expérience utilisateur est toujours dégradée. Multitude d’abonnements mensuels à combiner, interfaces bombardées de publicités invasives, ou même contenus qui se transforment tous petit à petit en publicommuniqués… Le temps est venu de repenser l’économie du web.

Web Monetization : une spécification pour rémunérer les éditeurs sur le web

Principes et fonctionnements, avec Coil

  • Côté utilisateur : L’internaute utilise un service, un “Web Monetization provider”, capable d’envoyer les micropaiements aux sites web visités. Pour le moment, il n’existe que Coil.
    Coil propose un abonnement de $5/mois. Pour relier sa souscription Coil à son navigateur web, il faut installer l’extension “Coil”, ou bien installer Puma Browser sur mobile.
Les démarches à réaliser pour l’utilisateur — Source : https://coil.com/
  • Lorsqu’un membre de Coil visite un site web ayant intégré Web Monetization, Coil réalise chaque seconde un micropaiement équivalent à $0.0001 (ce qui revient à $0.36/heure). Ainsi, si 1000 personnes membres de Coil visitent chaque jour pendant 10 minutes un même site internet, les propriétaires de ce dernier recevront l’équivalent de $1800 chaque mois.

Note : L’utilisateur ne paie ni plus, ni moins que $5 chaque mois. Coil précise qu’à partir du moment où un membre a dépensé plus de $4.50 de son abonnement — soit plus de 11h30 de visites “web monétisées”, le taux de rémunération baisse.

Les principes de fonctionnement de Coil — Source : https://coil.com/creator
Démarche côté éditeur : générer une adresse de paiement via Uphold, puis informer ce pointeur dans le code HTML des pages web.
Côté utilisateur : Exemple avec mon site vocast.fr, qui implémente Web Monetization. Quand la fenêtre est active, un micropaiement est effectué quasiment toutes les secondes.
Résultat : Les microtransactions apparaissent dans mon compte Uphold : je reçois bien l’argent des visiteurs du site vocast.fr abonnés à Coil !

Cas particulier : monétiser sa chaîne Youtube

Note : un éditeur n’est pas contraint de souscrire à un abonnement Coil. La partie “Membership” est celle concernant les utilisateurs membres de Coil.

Les intérêts d’un tel système, et les limites

Les éditeurs sont libres d’utiliser la technologie Web Monetization à leur guise, et libres d’avantager ou non ceux qui paient. Par exemple, au moyen d’un simple script JS, il est possible de proposer une sorte de paywall, donner accès à du contenu exclusif uniquement aux visiteurs “web monétiseurs”. Ou ces derniers pourraient également avoir accès à un site sans publicités, comme le montre cet exemple dans la documentation de webmonetization.org.

Tout comme avec le modèle publicitaire, un utilisateur génère de l’argent dès sa première visite sur un site “web monétisé”. Les paiements se réalisent automatiquement, sans frictions pour l’internaute. Et il y a moins de “middleman”, moins d’acteurs extérieurs prenant une marge sur la valeur de l’audience.
C’est aussi un moyen assez simple pour faire vivre sa communauté de contributeurs, à l’image d’Imgur, qui utilise Coil pour rémunérer les créateurs de mêmes postés sur la plateforme.

La rémunération est basée sur le temps d’attention. Ce principe parait juste : la qualité et donc la capacité à maintenir le lien avec l’audience sera récompensée. Mais est-ce qu’une minute d’audio écoutée sur un site web a systématiquement autant de valeur qu’une minute de vidéo ? Est-ce que deux articles auxquels un internaute a accordé le même temps de lecture méritent pour autant la même rémunération ? Bien sûr que non, et c’est à mon sens LA faiblesse de ce modèle. Sans oublier qu’un onglet du navigateur peut rester longtemps actif pour diverses raisons (l’utilisateur peut en réalité faire une pause loin de son écran par exemple) ; cela ne justifiant pas forcément une rémunération par temps de visite.

Notons aussi que l’enjeu est de convaincre les utilisateurs de s’abonner à un service comme Coil. D’ailleurs, faut-il d’autres “Web Monetization providers” ? Oui, pour éviter un monopole avant tout.
Mais ce qui me dérange principalement avec Coil, c’est l’impossibilité de valider (ou invalider) les sites que je rémunère. Je ne veux pas forcément soutenir tous les sites que je visite.
Et surtout il est aujourd’hui impossible de vérifier où va l’argent de mon abonnement : il faut faire confiance à Coil.
Bilan : libre à chacun de proposer une alternative à Coil, plus permissive et transparente, mais toujours en suivant la spécification Web Monetization.

Peut-on utiliser Web Monetization pour du “revenue sharing” ?

Projets analogues

  • Il existe aussi des plateformes rémunérant en cryptomonnaies par temps d’attention, pour des usages spécifiques.
    Par exemple pour les podcasts, Podcrypt repère les adresses Ethereum dans les descriptions pour rémunérer les créateurs en proportion du temps d’écoute total de chaque auditeur.
    Dans la même veine, le tag <podcast:value> de PodcastIndex (cf. la spécification) à informer dans le flux RSS pourrait permettre de réaliser des paiements avec revenue sharing en Bitcoin (plus de détails dans cet article de BrianofLondon).
view-source:https://www.brianoflondon.me/podcast2/brians-forest-talks-exp.xml

MAJ 27/11/2020 — Suite à la création de cet article :
- La solution d’hébergement de podcasts Castopod prend désormais en charge Web Monetization
- Une proposition pour intégrer Web Monetization dans un flux RSS suivant la spécification podcast namespace de PodcastIndex est à l’étude.

A propos

Pour aller plus loin, écoutez l’épisode du flux Des Ondes Vocast Premium (enregistré avec Benjamin Bellamy) à ce sujet.
D’ailleurs, un système donnant accès aux contenus Premium à ceux “web monétisant” Vocast est à l’étude !

Vocast Project : Podcast / Radio - https://www.vocast.fr

Vocast Project : Podcast / Radio - https://www.vocast.fr